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Agenda

Journée d’étude : « Les folies meurtrières »

Co-organisation avec l’unité de recherche ACE de Rennes 2 et l’unité de recherche RPPSY

Coordinateurs : M. Yohan TRICHET (RPpsy) /  M. Benoît TADIE (ACE)

ARGUMENT

Cette journée d’études abordera le thème des folies meurtrières dans différents domaines de la fiction (littérature, cinéma, opéra) et selon la clinique psychanalytique. Il s’agit d’envisager ce thème imprécis mais persistant, qui a cependant le mérite de pointer la dimension psychopathologique des sujets les perpétrant, en comparant les manières dont il peut être expliqué ; le sujet, son histoire et sa responsabilité ; les liens entre la subjectivité et son contexte familial, social ou historique ; les représentations auxquelles il donne lieu. Bref, il s’agit d’envisager la logique des folies meurtrières que, par définition, la raison ignore. Ou, comme le résume la formule juridique anglophone (et le titre d’un des meilleurs romans consacrés à ce thème1), de s’intéresser aux meurtres commis « en raison de la folie » (« by reason of insanity »).

La confrontation entre psychanalyse et création artistique fait doublement sens : d’une part, parce que ces deux pratiques ne sont pas soumises (même si elles ne sont pas indifférentes) aux approches normatives, juridiques ou pénales, du phénomène, d’autre part, parce qu’elles peuvent l’aborder, avec plus ou moins de réussite, sous l’angle de la subjectivité, du point de vue du « fou criminel » lui-même et non seulement de la société qui en est victime, qui cherche à s’en protéger où à le neutraliser.

Qu’est-ce que la folie meurtrière ? Y en a-t-il une ou plusieurs ? D’un point de vue juridique, ce terme – vu comme un singulier invariant, la folie ou insanity – caractériserait des homicides perpétré(s) par une personne pour qui la distinction morale bien/mal n’aurait pas de sens, qui ne serait pas consciente de ses actes, n’en serait pas tenue comme responsable et ne pourrait en répondre devant les tribunaux. Mais ce type de définition, privative et floue, laisse le problème entier et le rend susceptible d’interprétations diverses, voire de manipulation. Face à l’insuffisance de cette approche, il est important d’examiner la manière dont le thème est abordé par la psychanalyse et la fiction, qui toutes deux tendent à remplacer une définition univoque, négative et tautologique de la folie meurtrière (comme « non raisonnable », « non responsable », etc.) par des récits pluriels mettant en scène l’histoire et la formation des subjectivités – fussent-ils, dans le cas de la fiction, de pures constructions imaginaires. C’est-à-dire que psychanalyse comme fiction tendent à substituer à une unicité une pluralité, et à une négativité une positivité, en montrant dans les folies meurtrières le produit d’histoires singulières et d’expériences subjectives.

Approches psychanalytique et fictions

a) Dès sa naissance, au début du XIXе siècle, la psychiatrie s’est intéressée aux passages à l’acte meurtriers commis par des sujets ne présentant pas, en apparence, de signes de psychose (aliénation mentale disait-on, à l’époque), et qui, pourtant, s’avèrent des actes fous. Leur folie, non manifeste, s’exprimerait alors par ces passages à l’acte. Ces descriptions et catégories vont se multiplier à travers le temps : manie sans délire, monomanie homicide sans motif, délire des actes, meurtres immotivés, jusqu’aux plus récents meurtres de masse. Toutefois, ces catégories peinent à rendre compte des coordonnées et de la logique subjective sous-jacente à ces passages à l’acte. L’apport de la psychanalyse est alors décisif pour tenter de saisir ce que le sujet met en jeu et tente de traiter dans ces actes fous, ces folies meurtrières qui déroutent la raison commune.

b) Sur le plan de la fiction, les personnages pris de folie meurtrière traversent les récits de tous âges, depuis Caïn et Héraclès. Le traitement de ce thème n’est pas bien sûr indépendant des modalités de sa prise en charge rituelle, philosophique, médicale ou pénale, qui varient elles-mêmes selon les sociétés et les époques. Il est abordé à la fois par la littérature mainstream, qui se confronte de plus en plus à la question du meurtre « non raisonné », dans ses dimensions philosophique ou historique (cf. Capote, Mailer et la tradition du true crime) et dans la fiction et le cinéma criminels, qui font de la question du « tueur fou » l’une de leurs préoccupations centrales, bien antérieure à la mode du serial killer qui sévit actuellement dans les médias. On peut même affirmer que les deux textes qui président à la naissance de la littérature criminelle au milieu du XIXème siècle (« Les Meurtres dans la rue Morgue » d’Edgar Allan Poe et « De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts » de Thomas De Quincey) sont issus d’une même angoisse face à la folie meurtrière qui se déchaîne dans une société urbaine en plein bouleversement anarchique et anomique. Il est donc aussi intéressant de sonder la fiction policière pour savoir ce qu’elle nous dit de la folie meurtrière que de mesurer à quel point cette même folie meurtrière est constitutive du genre, et comment de phénomène violent elle devient tradition littéraire ou esthétique.

1. Shane Stevens, By Reason of Insanity (1978). Trad. française Au-delà du mal.

Détails

Date :
9 Avr
Heure :
9 h 00 min - 18 h 00 min

Lieu

AMPHI L3
place du Recteur Henri Le Moal
RENNES, 35043 France
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Organisateur

Yohan Trichet
E-mail :
yohan.trichet@univ-rennes2.fr